Une course dans les rues de Marrakech ? L’épreuve, aujourd’hui bien établie au sein du calendrier international, pouvait paraître saugrenue il y a encore une dizaine d’années, mais la volonté d’une poignée de passionnés, et un timing plutôt avantageux, ont permis à la cité marocaine de devenir un acteur majeur du sport automobile en Afrique, en même temps qu’un outil idéal dans le cadre du développement de l’industrie auto dans le Royaume.

L’idée d’un circuit à Marrakech est l’initiative d’un groupe d’hommes d’affaires marocains à la fin des années 2000, des amis d’enfance Marrakchis : les frères Zahid, et Ali Orma qui, après quelques années passées aux Etats-Unis – et après avoir assisté à des compétitions en Amérique du Nord -, sont rentrés au pays pour suivre leurs affaires, et ont eu l’idée d’organiser un événement de portée internationale au sein de leur cité d’origine.

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À l’époque, le sport automobile au Maroc était plutôt moribond, après une période dorée au cours des années 60 et 70 (et la tenue du Grand Prix du Maroc à Ain Diab en 1958). L’activité était alors tombée en désuétude, dans une région où le football monopolise les passions et les investissements.

Mais cette idée d’une course à Marrakech avait germé à un moment opportun : lorsque la famille Zahid et Ali Orma commencèrent à se rapprocher des dirigeants du WTCC (l’ancien championnat du monde de supertourisme) en 2008, ceux-ci les suivaient plus… rapidement que prévu.

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Un circuit construit en huit mois

En quête de nouveaux horizons et d’un circuit urbain pour leur championnat pour 2009, les dirigeants du WTCC accueillirent en effet plus que favorablement l’idée, au point de signer un véritable blanc-seing avec les promoteurs marocains. “On nous a dit à l’époque : ‘Si vous nous faites un beau circuit en ville, dans neuf mois vous aurez une manche de WTCC'”, explique Stéphane Roux, le directeur du Circuit Moulay El Hassan, à Motor1. “Et ceci sans organiser au préalable une course ou même une séance d’essai ! Nous nous sommes alors associés à l’entreprise australienne Detroit Motorsport, qui nous a dessiné et construit un circuit très rapidement.”

“Il faut savoir que, à l’emplacement du circuit d’aujourd’hui, il n’y avait que des terrains vagues. Huit mois après, il y avait un circuit automobile. Bien entendu, il n’existe pas ici de réglementation draconienne au niveau de la législation du travail, on a travaillé jour et nuit pendant huit mois, grâce à Menara Préfa qui est une grosse holding dans le BTP, et qui a mis tous les moyens pour avoir ce qui existe aujourd’hui. Cela a été une vraie prouesse.”

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“Bien entendu, nous n’avions pas un circuit comme Spa-Francorchamps, mais il s’agissait du premier circuit à nouveau homologué Grade 2 de la FIA en Afrique. C’est-à-dire que, potentiellement, on pourrait tout y organiser, hormis la Formule 1.”

Après une première édition concluante, le Circuit Moulay El Hassan de Marrakech – du nom du fils du Roi Mohammed VI, et hériter du trône du Maroc -, était le théâtre de six autres éditions du Grand Prix de Marrakech de WTCC sur un tracé urbain long de 4,624 km, principalement constitué de lignes droites, de chicanes et d’épingles serrées.

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Une étape appréciée de la Formule E

En 2016, le complexe ouvrait un nouveau chapitre de son histoire, et ce à double titre : tout d’abord il changeait de configuration pour se doter d’une partie de circuit permanente, et ramenait son développement à 3 km. Puis il accueillait dans le même temps une seconde épreuve majeure, la Formule E, qui effectuait sa première apparition au Maroc, et même en Afrique, une venue qui coïncidait avec la tenue de la COP 22 (conférence mondiale sur le changement climatique) à Marrakech.

“Il semblerait que ce circuit corresponde aux besoins actuels”, continue Stéphane Roux. “On a vu que beaucoup de circuits réduisaient leur développement, pour des raisons de sécurité, de format, etc. Et c’est vrai que le circuit tel qu’il est aujourd’hui, redessiné par Tilke, demeure dans une configuration urbaine, mais est aujourd’hui plus dense, et cela correspond davantage à certains formats de course comme la Formule E.”

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“Nous sommes ouverts à d’autres séries comme disciplines d’accompagnement. Pourquoi pas des courses de Formule 3 ou de GT. Mais aujourd’hui, avec deux gros meetings internationaux comme le WTCR et la Formule E, on est largement complets pour l’année, beaucoup de circuits rêveraient d’avoir de telles affiches.”

“Il semble que les dirigeants de la Formule E soient enclins à revenir pour un moment. C’est un endroit qui leur convient très bien : il se place entre leur tournée asiatique et leur tournée européenne. C’est une étape qui leur convient aussi : c’est l’Afrique, le Maroc, une bonne période au mois de janvier où peu de circuits en Europe peuvent accueillir des courses en raison des conditions météo. Tout le monde est attaché au Maroc, tout le monde s’y plaît.”

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Le Drift et le RX dans les cartons

Au fil des années, l’activité du Circuit Moulay El Hassan a évolué. Le complexe est devenu un véritable point d’ancrage pour les constructeurs qui s’implantent les uns après les autres dans la région, et qui viennent y effectuer des essais/lancements de produits, mais aussi des essais prototypes.

“C’est une très bonne base d’essai”, indique Stéphane Roux. “Et surtout, on peut tout faire : de la bonne route, de l’autoroute, de la montagne, de l’asphalte… De plus, ce sont des routes qui ne sont pas très fréquentées, qui sont faciles d’accès et plutôt en bon état, et il y a aussi la proximité de l’Europe qui est intéressante. On est à 2h30 de vol de Paris, le circuit est à 10 minutes de l’aéroport, on est dans une zone hôtelière… Autant d’atouts qui en font un endroit incontournable. On ne fait pas spécialement de communication, mais le bouche à oreille fonctionne, et cela commence à bien prendre.”

Le circuit de Marrakech a également développé un département karting, avec de la location, une activité d’importateur Sodikart et Rotax, deux pistes dont une internationale, et le projet d’organiser à l’avenir la finale du championnat du monde Rotax.

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“Nous avons d’autres activités annexes, mais toujours liées au sport automobile : nous allons recevoir une étape de la Coupe du monde de Drift. Les trois quarts des concurrents viennent du Moyen Orient, et les dirigeants y trouvent un certain intérêt. Parmi les autres projets, nous avons également vu les gens du Championnat du monde de Rallycross.”

Depuis 2009, le Circuit Moulay El Hassan a trouvé sa place au calendrier international, et les mentalités au Maroc commencent elles aussi à évoluer envers le sport automobile. Une dynamique qu’il convient d’alimenter, en préparant l’avenir.

Un héros national, et des héritiers prometteurs

“Nous avons un héros national avec Mehdi Bennani (aujourd’hui pilote WTCR pour le Sébastien Loeb Racing, acteur du supertourisme mondial depuis 2009), mais il en faudrait des vingtaines comme lui. Le sport automobile au Maroc demeure un sport d’élite, c’est cher, il faudrait que des jeunes puissent accéder à cette discipline, c’est pourquoi nous organisons des écoles de pilotage, nous faisons du coaching.”

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Mehdi Bennani

 

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Parmi les jeunes Marocains en vue, on citera Michael Benyahia, pilote d’essai en Formule E chez Venturi, et surtout Sami Taoufik, devenu en 2017 le plus jeune pilote titré en Championnat d’Europe de karting, et qui effectue cette saison ses débuts en Formule Renault. “Le fait d’avoir plusieurs pilotes marocains au plus haut niveau va pouvoir donner un coup de boost au sport automobile au Maroc. Il faut une relève. C’est obligatoire, dans un pays comme cela, il faut des stars. Ils s’associent énormément au nom d’un champion, il y a une vraie ferveur. Les Marocains adorent la voiture, mais ils sont un peu néophytes en matière de sport auto.”

Michael Benyahia

 

Sami Taoufik

Véritable locomotive du sport automobile dans la région, le circuit de Marrakech accueille… neuf courses sur dix du championnat de sport automobile marocain (une course en ville est organisée dans la capitale Rabat), axé sur des courses de berlines plus ou moins récentes. Une coupe Renault Mégane va également voir le jour à la fin de l’été prochain, avec une vingtaine d’acteurs, à l’initiative d’un promoteur local.

Le Maroc, un marché automobile en pleine croissance

Un développement de l’activité sportive qui accompagne également l’essor de l’industrie automobile au Maroc, l’un des marchés les plus dynamiques du moment. Le Salon de Casablanca (organisé du 10 au 22 avril) est devenu l’un des grands rendez-vous de l’année, où bon nombre de constructeurs se pressent. Plusieurs facteurs ont contribué à doper les ventes de véhicules dans le pays : l’ouverture des crédits à la consommation il y a dix ans, et la réduction des taxes d’importation, rendant les voitures plus accessibles.

Il suffit de se promener dans Marrakech pour se rendre compte que le parc automobile y est incroyable, car il a été renouvelé il y a peu. Dans le secteur du haut de gamme, cela marche très fort aussi. Deux McLaren sont immatriculées à Marrakech, Ferrari vend une centaine de voitures par an. Bentley, Porsche ou encore Maserati sont installés ici, cela veut dire qu’il y a du potentiel. C’est vraiment un marché en pleine croissance. Les distributeurs et les importateurs sont contents ici !”

“C’est un écosystème qui est en train de grandir doucement, mais sûrement. C’est en train de prendre, il faut du temps, mais le Maroc est un pays qui bouge.”

Marrakech Grand Prix