mardi , 22 mai 2018

Cadi Ayyad, une université « 4.0 » ?

Introduction de nouvelles filières, création de dispositifs certifiés en langues et softskills, orientation de la recherche sur des thématiques sociétales… Depuis deux ans, l’université publique Cadi Ayyad de Marrakech tente de préparer ses étudiants au marché du travail de demain.

Robotisation, objets connectés, véhicules électriques… Comment répondre au marché du travail de demain? Le dernier rapport de la Banque mondiale sur le Maroc, publié le 9 avril dernier, recommande d’investir dans le relèvement du niveau d’éducation et de formation du capital humain pour constituer un stock de compétences capables de répondre aux défis de demain. C’est ce qu’essaye de faire l’université publique Cadi Ayyad de Marrakech depuis maintenant plus de deux ans. Introduction de nouvelles filières, création de dispositifs certifiés obligatoire en langues et softskills, orientation de la recherche sur des thématiques sociétales…

Des formations et une recherche interdisciplinaires

« L’université de demain, que j’appelle 4.0, ne doit plus seulement être concomitante des transformations de la société. Elle doit les suivre, voire les anticiper« , lance Abdellatif Miraoui, le président de l’université Cadi Ayyad, également docteur en sciences de l’ingénieur.

C’est pourquoi, il y a deux ans, il a décidé d’ouvrir plusieurs filières. Parmi elles, un master en intelligence artificielle ou big data et cloud computing. L’établissement propose également des formations associées à des thématiques sociétales.

« On a par exemple des formations sur l’économie du développement durable, les mathématiques appliquées à la mobilité urbaine ou encore à l’agriculture« , explique le directeur de l’établissement.

L’interdisciplinarité est, selon Abdellatif Miraoui, le maitre mot de cette restructuration : « L’enseignement universitaire ne doit pas être figé. On ne peut étudier l’économie de la même façon pendant 50 ans, car elle évolue avec le temps et particulièrement avec le numérique« , affirme Abdellatif Miraoui. C’est pourquoi l’établissement a décidé de réorienter la recherche scientifique dans ce sens. Dans chaque secteur, la recherche est désormais traversée par différentes thématiques sociétales.

« Prenez l’énergie. Vous pouvez faire de la recherche scientifique pure sur le sujet. Mais vous pouvez aussi le traiter dans sa globalité : Quel est le comportement humain dans la façon d’utiliser l’énergie ? Quelle est l’économie de l’énergie ? Quels sont les éléments sociologiques liés à son utilisation ?« , analyse le directeur.

L’université propose donc 4 thématiques majeures de recherche : la mobilité urbaine, l’énergie, l’eau et l’environnement, les matériaux, agroalimentaire et tourisme. Pour le directeur de l’établissement, l’interdisciplinarité est beaucoup plus créative et représente un vrai bénéfice, à long terme, pour le Maroc : « Par exemple pour la seconde thématique, il est important que nos chercheurs soient capables de sortir des brevets sur la façon d’extraire le phosphate et ce avec nos propres moyens et produits sans avoir besoin d’importer quoique ce soit« .

Mieux répondre aux besoins du marché

Mais la transformation majeure, pour la direction, c’est l’introduction des langues et compétences transversales au sein du cursus universitaire. « Avoir un diplôme ne suffit plus aujourd’hui. Le futur employé doit aussi être créatif, ouvert, de prendre des initiatives, être réflexif sur son travail… Autant de choses que l’on a voulu intégrer au sein même du cursus« , explique le directeur. Avant d’ajouter : « Il faut accompagner les entreprises qui sont entrain de changer pour créer la main d’œuvre adéquate« .

C’est pourquoi aujourd’hui 20% de tous les contenus des masters et licences pro sont consacrés aux langues et aux compétences transversales (développement personnel, projet professionnel, activités associatives, tutorat…). A chaque heure de travail en présidentielle, avec des enseignants formés et certifiés par l’université, les étudiants travaillent en autonomie sur  une plateforme numérique pendant 3h. « S’impliquer en dehors des horaires de présence est capital dans l’apprentissage des langues. Cela permet aussi de rendre les étudiants autonomes », explique Abdellatif Miraoui.

Et le programme est un vrai succès. « 30 à 40% des étudiants sautent 2 ou 3 niveaux de langue en un semestre. Ils ont compris que les langues était un vrai élément discriminant« , affirme le directeur. Une fois le dispositif terminé, l’étudiant passe un examen en ligne. Il reçoit ensuite, pour les langues, un certificat de niveau valable à l’international. Même chose pour les certificats d’ITskills. Il existe également des formation certifiante optionnelle comme « gestion de projet » par exemple.

Depuis septembre 2017, le dispositif qui était jusque là optionnel, est devenu obligatoire pour 50 masters et licence pro. Les 25 autres filières seront inclues au dispositif à la rentrée prochaine. La direction est également entrain de mener une réflexion pour l’intégrer dès la troisième année de Licence.

La méthode utilisée

« L’université doit évoluer dans un écosystème, avec le gouvernement et les entreprises, pour définir quels sont les besoins des futurs employeurs« , explique le directeur. C’est pourquoi, en 2016 il décide de mener ce chantier en partenariat avec les futurs employeurs des étudiants : les entreprises. Pour ce faire, l’université a conçu un questionnaire avec la CGEM. Ce dernier a ensuite été envoyé à 400 entreprises différents « dans le but de savoir quels étaient les manques estimés à combler par la formation« , raconte le directeur.

Selon ce dernier, les réponses allaient toutes dans le même sens : « La plupart des manques n’étaient pas sur le domaine d’expertise mais sur le manque de la communication et d’ouverture, de compétences émotionnelles, de maitrise des langue… Ce qu’on appelle dans le jargon les softskills et itskills« . Si, auparavant, les entreprises dont le carnet de commandes étaient plus important prenaient le temps de parfaire la formation des élevés sur le tas, ce n’est plus le cas aujourd’hui. « L’entreprise ne peut plus se permettre de perdre du temps à apprendre aux jeunes à utiliser Excel ou à prendre des initiatives. Les jeunes doivent aujourd’hui être prêt à répondre au marché de l’emploi et ses nouvelles demandes« , précise Abdellatif Miraoui.

Participation collective

Parallèlement à ces chantiers, la direction a également demandé au personnel enseignant d’utiliser davantage les outils numériques. « On a consulté tous nos professeurs. Evidemment, au départ tout le monde n’a pas accepté ces changements et cela créé un vrai débat au sein de l’université. Puis ils ont fini par accepter et s’adapter« , raconte le directeur de l’université. D’ailleurs, l’université propose aujourd’hui de nombreux MOOCS (cours en ligne).

« Les formations doivent être en constante adaptation. On crée des formations pour répondre à un besoin particulier puis ensuite ce besoin est rempli et on doit réadapter la formation« , conclut Abdellatif Miraoui. C’est pourquoi la direction a créé une commission pour mener en continu cette réflexion sur les métiers de demain.

Résultat de recherche d'images pour "telquel"

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *