vendredi , 20 juillet 2018

L’agriculture urbaine redessine la ville du futur à Angers

Réduire les circuits alimentaires, consommer des produits dont l’origine est clairement identifiée et limiter le gaspillage, sont des enjeux de la ville de demain. Angers, ville de l’ouest de la France qui a su conserver une tradition agricole en périphérie, s’intéresse néanmoins à l’agriculture urbaine. Pour preuve, les projets d’aménagements présentés en ce moment dans le cadre de l’opération « Imagine Angers », intègrent la notion d’agriculture de proximité.

es jardins potagers sur les toits ou dans les espaces inoccupés, au pied des immeubles ou dans les caves ou même les parkings souterrains, les expériences en matière d’agriculture urbaine, ne manquent pas. Dans un monde de plus en plus urbanisé, qui rogne sur les espaces agricoles, les besoins de se nourrir avec des produits sains dont ont connaît la provenance, tout en limitant les intermédiaires, cette forme d’agriculture rencontre un succès grandissant.

« L’agriculture urbaine est une façon de jardiner responsable, de faire diminuer les émissions de gaz à effet de serre mais aussi les coûts de production », avancent ceux qui s’investissent dans cette démarche. Les fermes urbaines, souvent installées aux abords de la ville, ou dans des espaces inconstructibles peuvent générer des emplois, depuis la production jusqu’à la vente et la distribution. Enfin, l’agriculture au cœur des villes répond à une demande croissante de citadins qui veulent tisser des liens avec la nature.

Si Angers, ville de tradition végétale et agricole, a pu conserver sur le territoire de sa communauté urbaine, plus de 50% de terres exploitées par des maraîchers, des éleveurs et des arboriculteurs, reste que, pour des raisons économiques, de plus en plus d’habitants délaissent la grande distribution pour aller vers des jardins familiaux, des fermes installées en périphérie, quand ils ne cultivent pas eux mêmes tomates, fraises, herbes aromatiques sur leur balcon ou élèvent poules et autres lapins.

La municipalité qui a lancé début 2017, « Imagine Angers  », un appel à projets qui doit s’appuyer sur la richesse du patrimoine de la ville, de ses paysages et de ses habitants, pour l’aménagement de six sites emblématiques n’avait pas vraiment pris la mesure de l’intérêt que pouvait susciter ce retour à la nature, non seulement pour les habitants, mais surtout les équipes d’urbanistes et d’architectes amenées à présenter un projet.

« C’est un sujet qui s’est invité dans cette opération d’aménagement innovant de la ville », soulignait Anne-Cécile Daniel, Ingénieure, spécialisée en Agriculture Urbaine et secrétaire générale de l’Association Française d’Agriculture Urbaine Professionnelle  (AFAUP) lors du débat public intitulé « Agriculture urbaine, utopie ou réalité ? « 16 projets sur 25 intègrent, de façon diverse et variée, l’agriculture urbaine. C’est une véritable surprise pour les organisateurs ». Preuve donc que ce retour vers la nature est plus qu’un effet de mode, c’est une véritable prise de conscience et peut-être même un besoin pour des habitants de plus en plus nombreux et qui veulent savoir ce qu’il y a dans leur assiette.

DE L’IMPORTANCE DE MAÎTRISER L’URBANISATION DES VILLES

L'exposition des projets candidats à " Imagine Angers " dans le hall du Quai à Angers

L’exposition des projets candidats à ” Imagine Angers ” dans le hall du Quai à Angers

« Des légumes cultivés en ville, ce n’est pas vraiment nouveau », lance Emmanuel Geoffriau d’Agrocampus Ouest. « Ce souvent des projets high-tech, comme l’hydroponie, ou des projets citoyens, comme le Clos Frémur à Angers. Nous n’avons pas vraiment de données économique sur la viabilité de ces projets mais ce que nous savons c’est qu’ils permettent de remettre de la diversité dans nos assiettes, avec des produits de qualité ». Sans oublier d’autres initiatives qui ont également vu le jour à Angers comme Potag’HomeLibr’ O Jardin,  Sicle ainsi que la Maison de l’Agriculture Urbaine (MAU)

Souvent créés par des jeunes entrepreneurs, dont l’objectif est économique et technologique, « ces projets interrogent le monde agricole traditionnel et vont le faire évoluer car leurs dirigeants savent communiquer », ajoute Hervé Pillaud, élu à la chambre d’agriculture d’Angers. « Même si ce ne sont pas vraiment des exploitations agricoles, mais plutôt des startups, ces entrepreneurs démontrent que l’agriculture doit se réinventer en passant par la fourche du numérique ».

S’il est encore difficile d’apprécier le modèle économique et de connaître la rentabilité des projets qui naissent dans la plupart des villes, tous s’accordent à dire que ces projets, en plus de contribuer à notre alimentation en circuit court, sont créateurs de lien social et permettent le plus souvent de réinsérer les plus démunis. Et ces projets d’agriculture urbaine ou péri-urbaine, comme c’est le cas à Angers, doivent être encouragés, surtout quand l’on sait que les terres agricoles sont absorbées par le développement urbain. « On observe que les terres arables disparaissent à raison de la surface d’un département tous les dix ans », rapporte Bertille Thareau, sociologue à l’École Supérieure d’Agriculture à Angers. «  Il donc important que les villes et leur communauté urbaine réfléchissent à l’aménagement de leur territoire en conservant des zones agricoles qui serviront à nourrir les habitants ».

Mais installer une ferme en centre-ville, censée nourrir une partie de la population, n’est pas toujours chose aisée, notamment sur l’aspect réglementaire. « L’agriculture est très encadrée et quand j’ai voulu m’installer sur 5000 m2, c’était trop petit pour la MSA (Mutualité sociale Agricole) » explique Olivier Durand, ingénieur agronome et maraîcher urbain depuis 7 ans au Potager de la Cantine, au cœur de l’Ile de Nantes en présentant un panier de légumes de son potager. Il approvisionne la Cantine du Voyage au sein de l’espace du « Voyage à Nantes  », un lieu très prisé des touristes. « Ce projet dont la production permet de financer les emplois, est très bien perçu par les Nantais. C’est intéressant que les urbains invitent la campagne à la ville. Ça fait surtout évoluer les mentalité et l’agriculteur n’est plus perçu de la même manière ».

L’agriculture urbaine et péri-urbaine n’est donc pas un rêve, mais plutôt une nécessité, un projet collectif pour la ville plus intelligente, qui peut nourrir chacun, tout en réduisant l’impact carbone lié au transport des marchandises et le gaspillage.

Ville Intelligente Mag

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