vendredi , 20 juillet 2018

Les Emirats arabes unis se mettent au vert

L’objectif est simple : produire près de la moitié de leur électricité à partir d’énergies renouvelables d’ici 2050.

Hôtes de la prochaine Exposition universelle, consacrée au développement durable, à Dubaï en 2020, les Emirats arabes unis (EAU) se sont lancés un défi à la mesure de l’événement : alimenter l’intégralité de l’organisation en électricité d’origine solaire. Un challenge hautement symbolique pour le sixième producteur mondial de pétrole, qui détient également la septième plus grande réserve de gaz naturel de la planète. Comme la plupart de ses voisins de la Péninsule arabique, l’Etat fédéral de 9,5 millions d’âmes est depuis plusieurs années engagé dans une véritable démarche de transition énergétique pour une croissance plus verte.

Horizon 2020

Huitième pays au monde émettant le plus de gaz à effet de serre (GES) par habitant, les EAU entendent mettre les moyens pour devenir moins dépendants de leur production pétrolière. Une nécessité au vu de l’explosion de la demande en électricité (+50 % entre 2013 et 2020) et de la hausse permanente du niveau de vie. Début 2017, le Premier ministre, cheikh Mohammed ben Rachid al-Maktoum, a ainsi annoncé son intention d’investir 163 milliards de dollars dans la diversification énergétique du pays. Avec pour objectif de pourvoir à 44 % des besoins en énergie à partir de sources renouvelables d’ici 2050, tout en réduisant de 12 % la dépendance aux hydrocarbures d’ici là.

Pour y parvenir, Abou Dabi mise essentiellement sur le développement de la filière solaire, mais aussi hydraulique et nucléaire. Si la production d’énergie décarbonée s’avère encore très limitée dans le pays, les projets dans ces domaines sont nombreux et particulièrement ambitieux. Avec seulement 120 mégawatts (MW) de capacité renouvelable installée en 2015, le territoire émirati figurait bien loin de la France et ses 25 gigawatts (GW) d’hydraulique, 10 GW d’éolien et 6,5 GW de solaire. Sans compter les 63 GW de nucléaire qui fournissent près de trois quarts de l’électricité française. Un retard qui commence à se combler avec la construction en cours de quatre réacteurs nucléaires à Baraka, près de la capitale, et qui devraient pourvoir à plus de 25 % des besoins en électricité du pays à l’horizon 2020.

Partenariat avec EDF

Mais en matière de renouvelables à proprement parler, c’est surtout du côté de Dubaï, capitale économique des EAU, que se concentre le futur arsenal vert des Emirats, via la stratégie « Dubaï énergie propre 2050 », qui vise à porter leur part à 75 % du mix énergétique grâce au solaire et à l’hydraulique. En juin 2016, les autorités dubaïotes ont ainsi annoncé leur souhait d’achever d’ici 2020 la construction d’une centrale solaire de 800 MW, qui deviendrait alors de très loin la plus puissante au monde – devant celle de Shams, au large d’Abou Dabi, d’une capacité de 100 MW. Le groupe Masdar s’est d’ailleurs adjoint les services d’EDF Energies Nouvelles (EDF-EN) depuis mars 2017 afin de « bénéficier de son expérience internationale dans le développement des énergies renouvelables et de sa connaissance des marchés émergents », selon son responsable Mohammed Jameel al-Ramahi.

Engagés dans une démarche globale de mue verte, les EAU ne misent pas seulement sur l’approvisionnement en énergie, mais aussi sur une utilisation plus responsable de leurs ressources, notamment en développant la mobilité électrique.

Jean-Bernard Lévy, PDG d’EDF, était présent le 30 avril 2018 pour l’inauguration de première tranche de 200 MW, en compagnie du cheikh Mohammed ben Rachid al-Maktoum, le chef de l’exécutif étant également émir de Dubaï. Deux nouvelles mises en service de 300 MW suivront en 2019 et 2020, juste à temps pour l’Exposition universelle. En novembre dernier, l’Autorité nationale de l’électricité et de l’eau (DEWA) a aussi confié à l’électricien français la conception et la réalisation d’une centrale hydroélectrique de type STEP (station de transfert d’énergie par pompage) à Hatta, dans l’émirat de Dubaï. Constituée de deux réservoirs situés à des altitudes différentes, la structure permettra de délivrer une puissance de 250 MW modulable en fonction des pics de consommation.

Silicon Valley du Golfe

Engagés dans une démarche globale de mue verte, les EAU ne misent pas seulement sur l’approvisionnement en énergie, mais aussi sur une utilisation plus responsable de leurs ressources, notamment en développant la mobilité électrique. En 2017, la 14ème édition du Salon international de l’automobile de Dubaï a ainsi fait la part belle aux véhicules propres – électriques, hybrides et à hydrogène. Récemment, le pays a posé les bases d’un système public de recharges électriques, soutenu par un généreux dispositif de réduction d’impôts. Sur le plus long terme, les autorités s’intéressent particulièrement à l’hydrogène, déjà généré en quantité dans ses raffineries pétrolières. Et tandis que les ingénieurs émiratis testent avec ceux de Toyota la pile à combustible à hydrogène des véhicules Mirai, une première station de recharge de ce type a vu le jour en 2017 à Abou Dabi.

Mais le projet le plus emblématique et spectaculaire du pays demeure Masdar City, dont la construction a débuté en 2008 sur une étendue de 6 kilomètres carrés en plein désert. D’un coût estimé entre 15 et 24 milliards de dollars, la future métropole aspire à devenir d’ici 2030 à la fois neutre en émissions de carbone et autosuffisante en énergie. Cette smart city par excellence devrait disposer d’une centrale solaire d’une capacité de 100 MW, voire 500 MW selon les scénarios les plus optimistes, d’une tour à vent servant à rafraîchir la ville, ainsi que d’un réseau unique de technologies optimisant l’électricité, les transports ou encore les déchets. Un projet pharaonique qui associerait également les start-up et entreprises du secteur pour en faire une sorte de Silicon Valley du Golfe.

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