jeudi , 21 juin 2018

Smart city et transition énergétique : un enjeu pour l’ensemble des territoires

La transition énergétique est dans le pré. Et l’innovation se cache parfois là où on ne l’attendait pas. Comme dans le « Smart village » breton de Saint-Sulpice-la-Forêt. En trois ans, la facture globale du village a baissé de 20%. Par Rémi Martial, professeur d’économie, maire de Lèves et vice-président de Chartres Métropole en charge du Numérique.

Smart cities, smart grids, nouveaux quartiers écologiques… : la transition énergétique semble parfois cantonnée aux murs des grandes villes et métropoles. A tort. Car s’il est vrai qu’à l’horizon 2050, 75% de la population mondiale devrait vivre au sein d’immenses ensembles urbains, nos petites et moyennes villes ainsi que nos villages ont toute leur part à jouer dans cette transition.

Ainsi, les petites et moyennes collectivités montrent autant d’appétence à l’innovation que les grandes. Ces territoires connectés, numériques et intelligents développent une approche qui concilie gouvernance participative, enjeux environnementaux et économiques, au service des citoyens. L’objectif est bien de rendre un meilleur service aux usagers, en évitant le piège des gadgets inutiles, en ciblant des investissements réellement utiles et durables. La question du coût, nous y reviendrons, est évidemment centrale, dans un contexte de tension entre les attentes fortes de la part des citoyens et les contraintes budgétaires qui pèsent sur les collectivités.

La transition énergétique est dans le pré

Acteurs à part entière de l’évolution de nos modèles énergétiques, les élus et décideurs locaux sont de plus en plus nombreux à s’emparer de ces enjeux. Et l’innovation se cache parfois là où on ne l’attendait pas. Comme dans le « Smart village » breton de Saint-Sulpice-la-Forêt. Bâtiments communaux, centre socio-culturel, mairie, salle polyvalente, école, salle de sport… : toutes ces structures sont désormais couvertes de capteurs, reliés en réseau, destinés à suivre leur consommation énergétique. En trois ans, la facture globale du village a baissé de 20%.

Saint-Sulpice-la-Forêt n’est pas un cas isolé, loin s’en faut. Lancé par Sébastien Côté, le mouvement des « Smart villages » fait florès aux quatre coins de France. Un label qui récompense la réalisation d’une triple transition : numérique, écologique et sociétale. La rencontre annuelle Ruralitic, dont Sébastien Côté est président, permet de se faire une idée de l’intérêt des élus du pays pour ce virage connecté : organisée à Aurillac, l’édition 2017 de Ruralitic a rassemblé un président de région, cinq présidents de départements, 300 maires et élus régionaux, départementaux, intercommunaux et municipaux. En tout, 85 départements étaient représentés pour participer aux conférences et ateliers, mais aussi pour présenter les projets fleurissant sur leurs territoires. Avec l’espoir, donc, de glaner le très convoité prix « Smart village ».

A Chartres, préfecture d’Eure-et-Loir, l’heure est également à l’expérimentation. L’enjeu ? Mieux comprendre quels sont les réels besoins des habitants, des entreprises, et des nombreux touristes qui viennent visiter sa cathédrale, avant d’envisager un investissement public d’envergure. Dès 2015, un concentrateur grandeur nature a été expérimenté en centre-ville, rassemblant sur plusieurs rues l’ensemble des nouvelles technologies et applications urbaines : gestion de l’arrosage automatique, des places de stationnement, du remplissage des poubelles ou encore de l’alimentation des bornes de recharges pour voitures électriques. Cette expérimentation a été primée par les « Interconnectés de Lyon » et permet d’aider la collectivité à orienter ses investissements vers les besoins réels et durables, pour davantage d’efficacité. Ainsi, le déploiement d’un réseau d’éclairage public intelligent est en phase de réflexion sur l’ensemble du territoire de l’agglomération chartraine, rassemblant 66 communes urbaines, périurbaine et rurales. C’est tout un écosystème numérique structurant, au service de tous, qui se met en place.

Les compteurs intelligents, pivots de la transition énergétique

La production décentralisée d’électricité, grâce à de petites unités de production renouvelable, entre pleinement dans cette ambition. Et les Entreprises publiques locales (EPL) dédiées à la transition énergétique, en croissance de 59% depuis cinq ans, ont un rôle important à y jouer. Les collectivités l’ont bien compris, elles qui misent sur la centaine d’EPL que comptent nos territoires pour piloter leur transition, diversifier leurs modes de production et mieux maîtriser leur consommation d’énergie.

Les EPL s’investissent notamment dans une gestion plus raisonnée des réseaux, en favorisant de nouveaux usages, grâce par exemple aux nouveaux outils qui permettent de contrôler en temps réel la consommation énergétique. Les smart grids sont incontournables pour intégrer les petites unités de production dans le réseau. Et qui dit réseau intelligent, dit compteur intelligent. A ce titre, le déploiement des compteurs Linky répond à l’enjeu fondamental qu’est l’intégration des énergies renouvelables (EnR) dans le réseau. Parce que les EnR sont, par nature, décentralisées et intermittentes, elles nécessitent des outils permettant d’assurer une maille plus locale et plus fine et de gérer en temps réel ces nouveaux équilibres entre consommation et production locale et intermittente.

Cette décentralisation des unités de production d’énergie doit nécessairement être accompagnée par une décentralisation des mécanismes de financements, afin que chaque euro dépensé dans un projet de modernisation des infrastructures le soit à profit. Les investissements, qui concernent ici des infrastructures de petite envergure (panneaux photovoltaïques inscrits dans un réseau électrique local (microgrid), par exemple), ne peuvent se décider « à la louche » mais doivent être effectués de manière ciblée, afin de répondre systématiquement à un besoin réel. En ce sens, l’implication de chaque collectivité est essentielle : c’est, en effet, à chacune d’entre elles de jouer la partition qui lui correspond le mieux, de se façonner une déclinaison « smart » taillée sur-mesure.

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Par Rémi Martial, professeur d’économie, maire de Lèves et vice-président de Chartres Métropole en charge du Numérique

Rémi Martial, professeur d'économie, maire de Lèves et vice-président de Chartres Métropole en charge du Numérique.

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